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L'APPROCHE
DES "BESOINS OBSTETRICAUX NON COUVERTS" (BONC)
Il
existe un consensus grandissant sur ce que les services de santé
peuvent faire pour prévenir et atténuer les conséquences
des problèmes qui surviennent pendant la grossesse et l'accouchement.
Sous l'appellation "Soins Obstétricaux Essentiels",
une stratégie réaliste pour une maternité à
moindre risque s'est développée, basée fondamentalement
sur la professionnalisation des soins obstétricaux. Celle-ci
inclut les interventions majeures qui, au cours de la grossesse ou
de l'accouchement, permettent de traiter les complications qui mettent
en danger directement la vie de la mère.
Le problème, cependant, est de mettre en œuvre cette stratégie
en stimulant la volonté et la capacité de changement
parmi les décideurs et les acteurs de terrain. Un point de
départ est la prise de conscience de l’ampleur du problème.
Durant la dernière décade, ce sont essentiellement les
résultats d’études de la mortalité maternelle
qui ont servi à mettre la santé maternelle à
l’agenda des priorités. Au
niveau international, cela a porté des fruits, mais il est
clair aujourd’hui qu’on a besoin d’autre chose que
d’estimations agrégées au niveau national pour
générer suffisamment d’engagement pour une action
au niveau local et national.
La mortalité maternelle est une tragédie évitable.
La réponse à cette tragédie doit être une
réponse de société. Tout ne peut pas être
réduit aux manquements du système de prestation des
soins de santé, mais une part importante est vulnérable
à une réponse plus adéquate - et plus responsable
- des professionnels de santé.
Les professionnels de santé qui n'accordent que peu de valeur
à la vie d'une pauvre femme ne vont pas répondre efficacement
au problème. Les professionnels qui sont concernés ne
réagiront souvent pas non plus, soit parce qu'ils ne réalisent
pas l'importance du problème dans leur propre communauté,
soit par ce qu'ils ne savent pas comment attaquer le problème
concrètement.
Le Réseau des Besoins Obstétricaux Non Couverts n'a
pas la prétention de changer le statut de la femme dans un
pays donné. Mais il essaye cependant de fournir aux professionnels
qui le souhaitent les informations nécessaires pour commencer
à améliorer leurs performances - et donner à
la société les moyens de pousser les professionnels
à une attitude plus responsable.
Si nous voulons être sûrs que le problème soit
mis en avant, au niveau politique, par la multitude des professionnels
de santé et par les groupes de pression de la société
civile, nous avons besoin de plus que des estimations des ratios nationaux
de mortalité maternelle. Ces groupes doivent réaliser
que quelque chose peut être fait et y croire. Cela commence
par savoir où et comment s'attaquer aux besoins non couverts:
où sont les femmes qui ont besoins de nos soins et qui n'y
ont pas accès.
Le Réseau des Besoins Obstétricaux Non Couverts essaye
de démarrer, de lancer une dynamique pour les "Soins Obstétricaux
Essentiels" à travers les études BONC. La carto-graphie
(par district, par région) des besoins obstétricaux
non couverts et des ressources est un moyen simple et peu onéreux
pour entamer des discussions et des changements tant au niveau national
que local, avec un engagement de tous les acteurs aux différents
niveaux.
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LE
POINT DE DEPART: L'ETUDE "BESOINS OBSTETRICAUX NON COUVERTS"
Une étude
BONC commence en mettant côte à côte deux types d'information:
un inventaire des ressources et une cartographie des Besoins Obstétricaux
Non Couverts. Ceci permet, district par district, de montrer la différence
entre le nombre de femmes qui auraient dû bénéficier
d'une inter-vention obstétricale majeure et celles qui en réalité
y ont eu accès. On obtient ce chiffre en comparant le nombre
d'interventions réalisées - information pouvant être
obtenue dans les registres hospitaliers - avec le nombre à réaliser,
obtenu par l’application d’un taux de référence.
L'exercice est limité aux interventions obstétricales
majeures pour une liste restreinte d'indications maternelles dont l'importance
vitale ne laisse aucun doute. Il en est ainsi pour deux raisons. D’abord,
de cette façon on ne peut agir sans impliquer les acteurs de
terrain (parce que les indications de chaque intervention doivent être
vérifiées, et ceci ne peut être fait sans discussion
avec les médecins et sages-femmes dans les hôpitaux et
les centres de santé), et ainsi créer une pression pour
des changements locaux. Deuxièmement, cela permet d'agréger
des données locales et de faire des comparaisons significatives
entre les districts, et donc fournir des éléments pour
décider les priorités.
Une étude BONC nécessite quelques semaines pour l'adaptation
locale du protocole et quelques mois pour la collecte et l’analyse
des données. Elle peut être réalisée pour
environ 50.000 € par pays, dépendant du nombre d’hôpitaux.
Les cartes et les bases de données produites par l'étude
ne vont pas faire changer les choses par elles-mêmes. Mises dans
les mains de professionnels sensibilisés, elles peuvent devenir
des leviers puissants pour stimuler les changements locaux, mais aussi
au niveau national pour promouvoir de meilleures stratégies et
une mobilisation des ressources.
LE
RESEAU
Le Maroc a été le premier pays à réaliser
une étude natio-nale des Besoins Obstétricaux Non Couverts
en 1991 - avec un impact significatif sur ses politiques nationales
de santé maternelle. Sur base de cette expérience, et
avec l'appui de la Commission Européenne, le réseau a
été mis sur pied fin 1998. Ce réseau regroupe les
ministères de la santé, les organisations de développement,
les instituions scientifiques et les cliniciens des pays qui ont réalisé
l'étude BONC: Bangladesh, Bénin, Burkina Faso, Cambodge,
Mali, Maroc, Niger, Pakistan, Haïti et Tanzanie.
L'équipe de coordination est basée au Département
de Santé Publique de l'Institut de Médecine Tropicale
à Anvers. Elle fournit un appui technique aux équipes
nationales et facilite les échanges des résultats et des
expériences.
La caractéristique commune des pays impliqués est qu'ils
ont tous un niveau élevé de mortalité maternelle,
qu'il existe des personnes clés qui manifestent leur envie d'introduire
du changement, et qu'ils ne sont pas juste intéressés
à améliorer la santé maternelle, mais aussi le
fonctionnement du système de santé dans son ensemble.
"Leadership" et vision systémique sont une condition
de succès. Ceci étant dit, l'expérience montre
qu'une petite équipe de personnes motivées peut être
suffisante pour lancer le processus, même si une support technique
initial est recommandé
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